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Sans bras, sans langues, sans cous, sans lèvres, sans orteils, sans cheveux, sans front, sans mains, sans sueur, sans baisers, sans cela, sans toutes ces choses diverses et chaudes, humides, sanguines, épaisses et aux épices et bien sans tout cela, je t’ai tout de même aimé.

 

Sans retenue

 

Sans maison, sans bateau, sans voiture, sans patins, skis ou planches de surf, sans grille-toast, sans essence, sans compte en banque, sans crédit, sans jambon sous cellophane, sans vacances, sans situation, sans même un travail, et bien sans tout cela, je t’ai quand même embrassé.

 

Sans amis, sans familles, sans chiens, sans ennemis, sans tortues, canaris, ou petites souris, loin, très loin, dans un squat, quelque part, personne à qui parler, sans miroir à scruter, ni transistor à écouter, ni chaussures à changer, ni traversin à détruire, je t’ai quand même fait l’amour.

 

Sans te toucher

 

Sans haine, sans marteau, sans punaise, sans couteau, sans papiers, sans calendrier, sans émissions politiques à voir, lire ou entendre, sans prise de sang à faire, sans devoir à assassiner, sans gosse à aller chercher, sans courses à se remémorer, je me suis tout de même décidé à venir te chercher.

 

Sans un seul sou.

 

Sans lumières, sans tunnel, sans feu rouge, sans warning, sans air bus, sans autocar,  sans autoroute, sans boussole, sans journal, sans péage, sans crampes, sans blessures, sans raccourcis, sans pharmacies, sans rancœur, sans radars, sans GPS, et bien sans tout cela, je t’ai tout de même retrouvé.

 

 

Avec ton mari. Avec tes gosses. Avec ta maison, ton jardin, ton digicode. Avec tes rires et ceux de tes amis, Avec des bouteilles de champagnes vides et avec toujours l’air de rien ou bien l’air étonné de ne pas me reconnaitre – quel talent  - si grand ! – pour me faire passer, moi, pour fou et toi, innocente, et bien avec tout ça, tout de même, je t’ai quand même braqué mon canon.

 

Sans réfléchir.

 

Sans détresse, Sans sirène, sans hélices, sans parachute, sans cachettes, sans courir,  sans cohérence – à priori –sans larmes, sans peur, sans sang, sans rien de tout ça qui fait mal au cœur, sans plan, non aucun et sans fuite possible, sans même un cri, je me suis dirigé tranquillement au commissariat.

 

Je me suis retrouvé au tribunal.

 

Les juges m’ont dit : vous connaissiez cette femme ?

 

Sans réfléchir, sans hésiter, sans fléchir, sans tousser, sans bouger les jambes, sans pleurer , sans tourner les yeux ou la tête, sans aucune malice, sans faux détour, sans imiter la douleur, sans la moindre révélation du moindre sentiment, je suis resté devant les uniformes et je suis resté sans dire un seul mot.

 

LP le 22 Novembre 2008 à 16h09

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