Le texte qui va suivre a été écrit spécialement pour les photographies d’Angélique Boudet à sa demande. Vous les retrouverez en cliquant sur le lien suivant : http://angeliqueboudet.free.fr/inde/fr/page1.html
Sous ma langue
Humanité. Horizon. Terre. Voiles dansant avec le vent. Pierre. Vent dansant dans les voiles. Couleurs. Vent. Douceur. Sous ma langue, encore, un goût rouge d’épices. Souvenirs. Ta bouche. Ta bouche et le parfum de L’inde. Gestes doux. A côté du temple, pour la première fois, ta main sur la mienne. Sourire dans ton sari vert – gentiment – le temps en suspens – pour la première fois, j’ai entendu ton nom. Caresses. Tu as demandé le mien. Virgule. Pause. Silence. Un autre sourire : le mien. Puis, j’ai soufflé quelques syllabes et nous avons continué le chemin. Ensemble.
Mer. Pas. Pas à pas vers la mer. Blanche tunique. Montre au poignet qui perd de son importance en marchant à tes côtés. Tic tac. Ding dong. Couple de cœurs. Le rythme. Le rythme de ta peau, la pression de l’air, la sueur tranquille, la mousson, le soleil, le mélange, le délicieux mélange des civilisations. Religions. Beauté brute de tes yeux verts. Corps à l’abandon foulant le sol à la recherche de nouvelles saveurs. Diverses. Tête plongeante – ivre de secondes étirées- dans l’eau indienne. Nuque dégoulinante. Respiration. Paupières qui s’allongent. Sortir de l’eau. Coller ses mains sur l’écorce du grand arbre. Thanjavur. Je voulais te connaître. Te connaître autant que ton pays. Frisson humide.
Œil numérique pour mémoriser autrement. Zoom sur notre envie de marcher ensemble vers un même point. Lentement, les deux pupilles – humaines et mécaniques – ont fusionné notre envie d’immortaliser l’instant. Tu es en moi. Loin, très loin je me souviens pourtant de tout. Si bien. Tu es en moi. Marcher encore, nous n’arrêtions pas. Comme si marcher, c’était apprendre. Apprendre à marcher puis Marcher pour apprendre. Découvrir. Marché aux fleurs. Voir. Rose. Rouge. Sentir. Engloutir. Pétales blanches. Mauves. Toutes les nuances. Engloutir. L’ivresse !
Traverser le district de Mysore. Suivre le trésor inconnu dans les interstices des ruelles. Pénombres et couleurs jouant avec des baisers de lumière. Mon cœur : à dix mille tours ! Impossible de quitter ta main. Je ne quittais pas ta main. Je ne quitte pas ta main. Rencontre surprise avec un éléphant majestueux vêtu et maquillé comme une reine imprégnée d’élégance. S’incliner comme les moines. Laisser passer le poids de la beauté cultivée. Impressionnante classe. Continuer la marche. Nandroling. Déjà. Voyager à la vitesse du désir. Contempler cette concentration silencieuse de bouddhistes. Se sentir à sa place. Etre avec toi.
Pauvreté. Bijoux. Richesse. Le bijou entre la pauvreté et la richesse : toujours. Des ornements raffinés en guise d’itinéraire pour s’élever. Ganesh. Et ma ganache sur le sol, éblouie par autant de splendeurs sans exubérance. Beauté. Beauté. Beauté grandissante qui ne t’écrase jamais. Mais, impossible de ne pas voir, derrière cette beauté, toute la douleur – refugiée – dans l’humilité et l’espérance discrète. Misère comme un diamant noir.
Repos. Un temps. Tendre. S’étendre. Te voir allongée sous des lianes caresseuses de joues. Souvenir de la goutte lourde, énorme : petit caillou pour géant. La métaphore du cœur généreux qui peut décrocher à tout instant. Et cette terrible réalité entre mes doigts, amère, et sans appel : Ce que je tiens entre mes doigts, ce ne sont que des photos de toi. Chair froide de papier malgré ta peau brune éclairée par des épluchures de soleil. Tourner les clichés, encore plus vite. Toi. Mains. Nous. Pondichery. Ananta Temple. Mahaballipuram. Nous. Et mes larmes qui mouillent peu à peu cette dernière photo : cette fille qui dessine quelque chose avec ses mains. Cette fille qui a le sourire de la paix. Cette fille, comme une douce promesse joyeuse. Réfléchir un instant. Marcher. Marcher et comprendre qu’il y a des voyages dont on ne revient pas.
Humanité. Horizon. Terre. Voiles dansant avec le vent. Pierre. Vent dansant dans les voiles. Couleurs. Vent. Douceur. Sous ma langue, encore, un goût rouge d’épices. Souvenirs. Ta bouche. Ta bouche et le parfum de L’inde. Gestes doux. A côté du temple, pour la première fois, ta main sur la mienne. Sourire dans ton sari vert- gentiment – le temps en suspens – pour la première fois, j’ai entendu ton nom. Caresses. Tu as demandé le mien. Virgule. Pause. Silence. Un autre sourire : le mien. Puis, j’ai soufflé quelques syllabes et nous avons continué le chemin.

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