Un texte écrit spécialement pour la ville de gardanne : pour découvir la version audio, cliquez ici

 

Bleu

Bleu et mer.

Ciel

Mer

Bleu aux fumées épaisses dessinant dans le ciel des prénoms d’oiseaux

Provence

Errance

Bleu

Bleu et rouge.

Rouge comme la bauxite

Bleu comme les salopettes

Entre le bleu du ciel

Et le bleu des salopettes d’usines

Existe une petite ville

Dans laquelle j’ai grandi

Ici, là, j’en porte l’empreinte

Comme un refrain

Une Douce plainte :

 

 

Cette ville respire comme une femme insomniaque qui rêve

Elle a plusieurs visages

Plusieurs nuances

Rouge,  riche,  pauvre, solidaire

Secrète,  battante,

Effervescente la nuit

Effervescente le jour

Milles lumière dans son sourire

Des Milliers d’ouvriers aux alentours

Toujours debout

Et totalement

Entièrement

Remplie 

D’avenir

Cette femme aime aussi l’amour de ses enfants

Dont je fais parti.

Cette femme-ville comme une petite sœur

Que j’ai appris à aimer avec les yeux

Les yeux

Le cœur.

 Ici, là, j’en porte l’empreinte

Comme un refrain

Une douce plainte

Ecoute bien :

 

 

Elle sait aussi se maquiller

Des ailes de moulins

Un collier de canal

Une forêt autour de la tête et du buste

Elle  n’est pas seulement

Industrielle,

Quelquefois glamour,

Parfois rebelle

Longtemps buveuse de sources

Descendant  dans les profondeurs de la terre

De génération en génération

Creusant au fond

Des mineurs étoilés

Pères de famille

Ivres d’évasion

Et pourtant si fier, si fier,  de danser avec leur pioche

Jeter haut des idées hautes

Embrasser les luttes

Les mains vers l’éternité

Chanter les combats

Les pieds dans l’amitié

Fier de faire tourner, tourner les manches

Pour écrire l’histoire

Pour rester vivant

Je me souviens, oui

De l’écho bruyant

Ici, là, j’en porte l’empreinte

Comme un refrain

Une douce plainte :

Ecoute bien :

 

 

 

Elle est en moi

Dans le ventre

Je viens de son gouffre,

J’ai grandi dans son souffle

J’ai avalé ses odeurs,

Ses contractions

Contradictions

Je ne m’en suis pas aperçu tout de suite

Mais les murmures de sa peau

Me parvenaient parfois sans sons.

Stockés, ici, dans mon éponge

Je n’ai jamais pris la fuite

Tic tac sensuel

Sur cette terre rouge,

Comme une bouche lumineuse en pleine mer

Un phare qui fait la moue

J’ai vécu, ici, mes premiers  songes

Je me disais : tu veux devenir mineur de fond? Danseur d’aluminium ? Souffleur d’électricité ? Magicien des terres ?

Je ne savais pas si j’étais fait pour

Alors, à mon  réveil

Je suis allé au labour

« Madame, je veux devenir travailleur. »

« Je veux que mon père et mon grand père soient fier de moi ! »

« Je veux savoir faire quelque chose de mes mains. »

 

 

On m’a mis des chaussures à coques

Enfoncé  un casque orange

Collé Des bouchons jaunes au creux des oreilles

Offert une salopette bleue

Et puis donné : un pass.

Je suis allé devant le portail de la centrale thermique.

J’ai donné mon nom

Le portail s’est ouvert, immense.

Des grands murs avec du gris et du soleil

Des tuyaux couleur rouille me lançaient des énigmes !

Ici, là, j’en porte l’empreinte

Comme un refrain

Une Douce plainte :

Ecoute bien :

 

 

Je suis allé en haut de la plus haute cheminée.

J’ai contemplé la sainte victoire.

Trois cent mètres de vertige et  la peur au ventre.

J’étais mort de trouille

Seuls mes yeux bougeaient

A droite

A gauche

Surtout à Gauche

Je regardais le panorama.

Je le trouvais superbe.

Tout en bas, des minuscules chemins en forme de lacets.

A trois cent mètre suspendus dans le vide, une phrase traversa ma pensée.

« Les chemins, de très loin, ressemblent à des rides dessinées  par la pointe amoureuse d’une plume. »

Lorsque je suis descendu de la tour et revenu dans mon petit bureau

J’ai sorti mon calepin

Et j’ai noté cette phrase

« Les chemins, de très loin, ressemblent à des rides dessinées  par la pointe amoureuse d’une plume. »

J’ai attendu quelques temps

Puis j’ai rajouté,

« Avec la sueur, on doit écrire sa vie sur le bon lacet. »

Oui, c’est ici, précisément

Dans cette jungle de métal chaud où j’ai vu de nouveau une passerelle invisible 

qui me disait :

Écrire des usines bleues comme des rêves.

Je me souviens, oui

Ici, là, j’en porte l’empreinte

Comme un refrain

Une Douce plainte :

Ecoute bien :

Écrire des usines bleues comme des rêves.

 

Gardanne

Gardanne

Lieu de mon départ

De mon envol

De ma passion

Des mes amours

Gardanne comme une femme qui m’accompagne

Chaque jour

Toutes les nuits

Depuis longtemps

Elle m’a donné pour enfant

L’élan

J’en prends soin

Et à tous ceux qui disent que ma femme est laide

Je leur dis d’apprendre, d’abord,  à voir !

La poésie s’infiltre partout

Et même dans la sueur des bleus d’usine

Je dirai même : surtout !